Production et export : dans une Europe agricole qui accélère, la France ralentit
Si l’Union européenne reste une grande puissance agricole exportatrice, la France décroche. Des parlementaires et le gouvernement cherchent des solutions pour permettre à l’Hexagone de redresser la barre.
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L’Union européenne se porte bien. Elle est la deuxième zone la plus excédentaire de produits agricoles au monde, après le Brésil mais devant les États-Unis. Si la France reste la première puissance agricole du Vieux Continent, elle fait figure de mauvaise élève. « La dynamique de la croissance de la production agricole en France est à la ramasse », constate crûment l’économiste de l’Inrae, Vincent Chatellier.
Il intervenait le 2 février 2026 à la tribune des Premières assises de la lutte contre le déclin agricole au Sénat le 2 février 2026. Évènement organisé par le naissant « Observatoire du déclin agricole » fondé par le lobbyiste Antoine Boulay, ancien chef de cabinet et conseiller du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll en 2012.
La France pourrait être dépassée par l’Espagne en 2029
Depuis 2019, la production française agricole et agroalimentaire a augmenté en valeur de 16,83 % selon un rapport d’information publié le 2 février par le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains), parrain de ces premières assises. C’est moins que la moyenne des 27 pays de l’Union européenne, qui s’élève à 33,05 %, et bien moins que l’Espagne (+46,12 %) et la Pologne (+74,69 %). Si le rythme reste le même durant les prochaines années, Laurent Duplomb prédit que l’Espagne deviendra la première puissance agricole de l’Union européenne en 2029, devant la France.
Sur le plan commercial là aussi, la France est qualifiée « d’agriculteur malade de l’Europe » par le sénateur. Si l’Union européenne est, à l’échelle mondiale, à l’origine du deuxième plus important solde agricole et agroalimentaire après le Brésil, la France, quant à elle, enregistre en 2025 son premier solde déficitaire depuis 1978. En attente des chiffres définitifs, la balance commerciale française devrait plonger, avec une perte estimée à 4,1 milliards d’euros en 2025 (calculé sur les onze premiers mois de l’année) par rapport à l’année précédente, selon les chiffres présentés par Vincent Chatellier.
Un déséquilibre de 5,4 milliards d’euros
Et ce n’est pas parce que la France a moins exporté. Les exportations ont même progressé en valeur de 1,3 milliard d’euros en 2025, souligne l’économiste. Le déséquilibre s’explique par les importations qui ont augmenté de 5,4 milliards d’euros. Le signe de fragilité le plus symbolique pour Vincent Chatellier concerne les produits laitiers. La balance commerciale sur ce créneau historiquement fort est déficitaire d’un peu plus de 700 millions d’euros. « La France n’a jamais autant importé de fromages que cette année », souligne-t-il.
Laurent Duplomb dépose une nouvelle proposition de loi
Pour le sénateur Laurent Duplomb, les causes sont à chercher du côté de la règlementation et des normes. Pour sortir de ce qu’il qualifie « d’immobilisme », l’élu des Républicains plaide pour « reproposer les choses qui sont essentielles pour redonner des moyens de production au producteur français ». Il a enchaîné en annonçant qu’il venait de déposer le jour même une proposition de loi aux côtés de sénateurs d’autres groupes.
Il vise, en trois articles, la réintroduction provisoire de « molécules interdites en France alors qu’elles sont autorisées par l’Efsa [NDLR : l’Autorité européenne de sécurité des aliments] en termes d’utilisation par tous les pays européens », explique le sénateur. Il réouvre donc le débat des dérogations à l’interdiction générale de l’usage des produits phytosanitaires concernant des substances de la famille des néonicotinoïdes après la censure partielle du Conseil constitutionnel du 7 août dernier. Les betteraves, pommes, cerises et noisettes seraient concernées par ces dérogations.
Le sénateur indique que les préconisations du Conseil constitutionnel ont été prises en compte pour donner toutes les chances au texte déposé quelques jours avant le prochain débat organisé à la suite de la pétition contre le premier texte, qui avait réuni plus de 2 millions de signatures. Il sera organisé le 11 février à l’Assemblée nationale. Intervenant après Laurent Duplomb, le président du Sénat Gérard Larcher a indiqué que la proposition de loi serait déposée dès cette semaine pour avis au Conseil d’État. C’est la « bonne approche » a commenté Emmanuel Macron qui se déplaçait sur une exploitation agricole de la Haute-Saône ce 3 février.
Un point d’étape attendu au Salon international de l’agriculture
Intervenant également à la tribune, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a défendu de son côté la prochaine loi d’urgence agricole dont le contenu reste encore flou aujourd’hui. Elle a également rappelé le travail engagé par le gouvernement en faveur de « la reconquête de la souveraineté alimentaire ». Après le « Grand réveil alimentaire » lancé le 18 décembre visant à arrêter des plans de filières sur dix ans, la ministre a annoncé que des premières conclusions seront présentées au Salon international de l’agriculture qui ouvre ses portes le 21 février. L’ambition de ce projet est de redessiner la « carte agricole » française en tenant compte des impacts climatiques, économiques et géopolitiques. La phase de déclinaison des orientations nationales sera présentée porte de Versailles et commencera dans les territoires en mars, a-t-elle annoncé.
« Produire n’est pas un gros mot » pour Emmanuel Macron
Un chantier mis en avant par le président de la République lors de son déplacement en terre franc-comtoise. « Produire, ce n’est pas un gros mot », a insisté Emmanuel Macron tout en fixant l’objectif de « produire davantage en France et dans l’Union européenne ». Pour y arriver, il plaide pour la simplification de la règlementation et un prochain budget de la Pac qui ne soit pas diminué « d’un euro ».
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